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« S’entraîner sans objectif »
Samuel Trudel – Le point de vue du sportif amateur

Par Ariane Patenaude – B.Sc Kinésiologie

 

Elle est entrée dans nos vies sans crier gare. Depuis bientôt un an, la Covid-19 fait partie de notre quotidien : elle a modifié nos habitudes de consommation, nos liens et notre attitude avec les gens, notre regard sur le monde, la planification de nos vacances… Au fait, avons-nous pris des vacances?

Que dire de l’activité physique et du sport? Composante essentielle de notre fonctionnement et de notre bien-être, le simple fait de bouger est devenu un défi en soi… Jadis, les salles de conditionnement physique étaient un lieu de détente, un défouloir… Maintenant qu’elles sont fermées et qu’on a fait 17 645 fois le tour du salon, on se demande à présent où on peut se dépenser en toute sécurité et dans le respect des restrictions sanitaires.

Que votre pratique de l’activité en soit une de détente, un style de vie, un moment pour réfléchir, parce que vous avez un objectif précis ou parce que c’est tout simplement votre métier, toutes les raisons sont bonnes pour continuer à bouger. Maintenir une activité physique régulière est non seulement signe de bonne santé mentale, mais vous oriente dans une routine saine, qui peut faire digue dans des moments de grande incertitude comme celui d’une pandémie mondiale…

Boutique Courir s’est entretenue avec différents acteurs1 du monde du sport pour connaître les défis qu’entraîne la crise sanitaire et tenter d’extraire des solutions apportées face à l’écueil que rencontrent une grande part des pratiquants aujourd’hui : comment faire pour garder sa discipline et sa vigueur à l’entraînement lorsqu’on est amputés des événements et des rencontres qui ponctuent nos calendriers sportifs?

 

S’entraîner sans objectif, mode d’emploi

Samuel Trudel – Le point de vue du sportif amateur

 

S’il est plus simple pour le sportif professionnel d’accéder aux différentes structures d’entraînement, en ce qu’elles constituent en quelque sorte son « matériel » de travail – la donne change pour tous ceux qui « restent ». Entre les « remplisseurs de peloton » et les sérieux prétendants au titre de champion, le bassin est large dans la catégorie des coureurs qui se définissent comme « sérieux » mais qui ne font pas du sport à titre professionnel…

D’un côté, il y a les sportifs qui tutoient le haut du classement général au niveau des performances, sans pour autant pouvoir (ni souhaiter dans certains cas) toucher du doigt la précieuse licence « élite » et les accès qui vont avec. D’un autre côté, il y a les sportifs qui forment la « masse » : anciens/actuels sportifs de haut niveau ou simplement amoureux de l’entraînement, chez qui le sport et l’activité physique riment avec la vie. Pour une grande majorité d’entre eux, le confinement est venu empirer une routine journalière déjà sujette à contraintes – une famille, un travail, le travail du conjoint ou de la conjointe, des études, etc.

Déjà des funambulistes à gogo dans la vie normale, certains sont devenus enseignants à domicile de leur progéniture, télétravailleurs, étudiants à distance, livreurs de courses pour les personnes à risque… C’est le cas de Samuel Trudel, ambassadeur Boutique Courir et Saucony, coureur d’ultras et père d’une famille recomposée. Sa compagne pharmacienne occupant un poste à services dits « essentiels », Samuel a pris plus de responsabilités dans la garde et le suivi des enfants.

Non pas qu’il ne le faisait pas auparavant… Cette fois cependant, il a repensé de fond en comble son plan d’entraînement avec son entraîneur Alain Dufort. Exit les sorties courtes d’endurance fondamentale. Avec un maximum de cinq courses par semaine, Samuel va à l’essentiel, sans pour autant perdre en qualité d’entraînement.

 

Avant d’être père, je pouvais aligner 6-7 séances d’entraînement par semaine. Aujourd’hui et la Covid19 par-dessus le marché, ces jours-là sont du passé.

 

Sans nostalgie aucune, Samuel nous détaille ses semaines-types d’entraînement. « Oui, il y a des périodes de surcharge, surtout quand je m’approche de mes objectifs d’ultras. Durant ces périodes, ça peut monter jusqu’à 160 km de course hebdomadaire et là, impossible de ne faire que cinq séances ». Hormis ces semaines plus intenses, lesquelles sont constituantes de cycles d’entraînement plus ou moins volumineux, Samuel arrive à suivre sa discipline sportive, pensée sur-mesure pour son titre de père, coureur et conseiller chez Boutique Courir.

 

Pour les amateurs, le plus difficile reste l’accès aux structures d’entraînement.

 

Et puis voilà la Covid19 qui pointe le bout de son nez… Du point de vue de Samuel, le confinement est venu certes compliquer un quotidien déjà très chargé par sa situation de papa. Néanmoins, il se considère chanceux, comparativement aux autres sportifs adeptes de musculation. « En temps normal, je vais au gym en fin de cycle, lorsque je me rapproche de mon objectif dans le temps, où j’exerce la pliométrie et l’entraînement musculaire en force. » Or, la nécessité de s’entraîner de façon spécifique, au plus près de son objectif de course saisonnier, a disparu comme peau de chagrin avec les annulations de courses. Les « objectifs » ayant pratiquement tous disparu du calendrier 2020 (et probablement 2021), le temps est plutôt à la sagesse et à la recherche de l’équilibre.

 

 

Changer ses objectifs

Ne pas avoir d’objectif précis et fixé dans le temps ne veut pas dire qu’il faille abandonner la structure de l’entraînement qui nous y mène en temps normal. Constituante de notre routine, celle-ci demeure le seul repère stable pour beaucoup d’entre nous, dont l’existence se trouve chamboulée par le virus.

La performance n’est pas une donnée mesurable uniquement par le chronomètre. Modifier sa technique de course, sa posture ou sa mobilité, varier son entraînement, sont des exemples d’objectifs à fort potentiel d’amélioration et sur lesquels il faut miser. Les résultats sont subtils, mais ils constituent des pièces constitutives de votre grand casse-tête physiologique : vous colmatez les fissures, vous rééquilibrez les segments de votre charpente personnelle et retranchez discrètement des secondes sur votre prochaine course.

Comme beaucoup d’autres sportifs, Samuel a ajusté son focus sur le maintien intelligent de sa forme : défauts de posture, désalignement, petits bobos souvent ignorés ou balayés du revers de la main.  Au contraire, dit-il, « c’est le temps de travailler la mobilité, mettre l’accent sur les bons mouvements en course, s’étirer. » Si « courir croche » amène des blessures sur le long terme, travailler au rééquilibrage de la force des muscles internes responsables du maintien de la posture vous fera revenir plus fort sur le circuit de courses.

 

Viser le court terme

Samuel Trudel, Alain Dufort et François Hamelin, en des temps sans Covid-19.

Pas de course signifie-t-il nécessairement « pas d’objectif »? Samuel est conscient qu’il ne battra pas de record personnel cette année. L’effet des foules et leurs encouragements sur les derniers kilomètres du marathon, cette communion du sport et du spectacle font survenir des petits miracles dans le coeur et la verve des coureurs qui se débattent sur la piste. « L’effervescence, la compétition, le fait d’accélérer devant les cheers [cris d’encouragement – ndlr], mais aussi l’effet d’aspiration des autres coureurs en peloton », sont des paramètres irremplaçables aux yeux de Samuel Trudel.

 

« Il n’y a pas de ligue sportive en parallèle… »

 

« C’est sûr que la motivation a baissé », souffle-t-il, mais il se ressaisit aussitôt. L’heure n’est pas au défaitisme : « on est tous là-dedans ensemble ». Il n’y a pas de ligue de coureurs parallèle qui s’entraîne en secret et qui s’apprête à défoncer les scores au sortir du confinement. Cette épreuve, même les plus forts d’entre nous la traversent…

Si jamais un coup de mou frappe, Samuel suggère de se fixer de petits objectifs dans le temps. Qu’il s’agisse de réussir 10 push-ups chaque matin ou de devenir Monsieur Caramilk, tous les objectifs se valent. Étaler son calendrier dans le temps, accepter d’y aller plus progressivement que de coutume, se rappeler que nous sommes tous plus ou moins dans la même situation… Voilà peut-être quelques solutions à retenir pour bien se sentir et passer au travers de cette épreuve plus sereinement.

 

À l’origine, le plaisir de s’entraîner

Car avant d’avoir un objectif, pourquoi court-on? Avec le temps et l’évolution de notre pratique sportive, peut-être a-t-on perdu un peu le sens de notre action? Et si ce confinement était une occasion de se recentrer et de retrouver le plaisir de courir sans flafla ni trompettes? Loin des réseaux sociaux et de ceux qui le « suivent » sur les applications de course, Samuel Trudel essaie parfois de courir sans sa montre, juste pour le plaisir que procure le fait d’avancer au rythme dicté par le corps seul.

Sortir bouger juste pour se maintenir en forme, prendre rendez-vous avec soi-même, les arbres et l’air pur… Retourner aux sources de son amour pour le sport, voilà un ingrédient de base pour se garder une bonne santé mentale. Selon le coureur d’ultras, même si ce n’est pas « payant » du point de vue de l’intensité d’entraînement, retrouver le plaisir des foulées, en tant qu’objectif à part entière, nous apportera peut-être plus de gains mentalement.

 

Un jour, ça va revenir à la normale, il faut garder ça en tête…

 

Résilience, acceptation, lâcher-prise… Dans une galère où tout le monde navigue un peu à vue, difficile de s’orienter quand on est quelqu’un qui aime contrôler… En des temps où nos cerveaux sont sollicités plus que de coutume, Samuel Trudel nous conseille de baisser un peu le rythme, de faire le vide dans nos têtes et à nous en garder sous la pédale, pour faire face aux défis déjà prégnants auxquels ce quotidien hors normes nous confronte.

De la part de quelqu’un qui passe beaucoup, beaucoup de temps à réfléchir sur le bitume, on est tentés de le croire!

 

 

Pour en savoir plus …

Le profil de Samuel Trudel sur Facebook

Le profil de Samuel Trudel sur Instagram

 


1 Nous utilisons le genre masculin dans le texte à seule fin d’alléger celui-ci.