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Sécurité à vélo – Tous responsables

À la fin de l’hiver, dans certaines contrées nordiques comme la nôtre se réveille, telle l’ours noir d’Amérique, la horde de cyclistes émergeant de son hibernation. Prenant d’assaut les rues à peine déblayées et mettant à l’épreuve les nerfs des braves automobilistes qui, comme la neige, voient fondre leur monopole de la rue, la population cycliste revient en force à chaque printemps dans les villes québécoises. En 2015, Vélo Québec comptait 4,2 millions de cyclistes. De ce nombre, 2,7 millions en faisaient à toutes les semaines et 1,9 millions considéraient le vélo comme leur moyen de transport. 

La politique municipale des grands centres urbains suit le mouvement. Par exemple, la ville de Montréal possède un réseau cyclable de 748 km en 2015 et multiplie les actions pour favoriser le transport à vélo dans ses rues, en modérant la limite de vitesse dans certains quartiers, en aménageant des dos d’ânes, des chicanes, des terre-pleins délimitant les pistes, en modifiant ses lois ou en opérant des campagnes de sensibilisation, etc. Toutes ces initiatives permettent une circulation plus sécuritaire et une réduction marquée des accidents impliquant les cyclistes depuis les dernières années. En 2017, la Société de l’Assurance Automobile du Québec (SAAQ) dénombrait 11 accidents impliquant la mort d’un cycliste, comparativement à une moyenne de 18 entre les années 2010 et 2013. Grâce à des voies cyclables aménagées et entretenues à l’année longue, les usagers de la route sur deux roues prennent confiance et se multiplient.

En dépit des nombreuses campagnes d’informations entreprises, certain(e)s méconnaissent encore le code de la route. Au risque d’en décevoir certains, saviez-vous, par exemple, que les vélos pouvaient rouler sur toutes les voies routières, à la seule exception des « autoroutes et leurs voies d’accès »? Eh oui! Ce(tte) cycliste qui partage avec les automobilistes la route exigüe du quartier encore enneigé en ce mois de février, qui avance tant bien que mal, ralentit le trafic et fait perdre à tous leur temps précieux, est dans son plein droit, dans la mesure ou celui-ci/celle-ci se tient le plus à droite possible de la chaussée. Mieux que ça : tous ceux qui arriveront à la dépasser auront l’obligation de respecter une distance de 1,5 mètres, tant que faire se peut.

Inversement, le camp cycliste possède lui aussi son lot de contrevenants à la loi : qui n’a pas déjà évité un face-à-face avec un cycliste imprudent qui roulait à contresens de la circulation? En plus d’être interdite par la loi, cette habitude dangereuse gêne considérablement les usagers de la route qui vont dans la bonne direction, augmente le risque d’accidents et par le fait-même, les risques de blessures, la force d’impact s’en trouvant agrandie par la vitesse opposée des deux objets.

Ne reculant devant rien, Boutique Courir s’est attelée à la tâche de d’énumérer ici quelques règles de la route et de bon sens, afin de rappeler à tout un chacun la part de responsabilité qu’il ou elle endosse au moment d’enfourcher sa bicyclette.

 

En ville

Vous vous déplacez à vélo pour vos commissions et vos activités quotidiennes, vous sortez pour une longue randonnée et vous devez sortir de la ville avant de retrouver votre groupe, vous roulez en famille ou entre amis, à l’intérieur des limites de ce qu’il est commun d’appeler « la ville »…

Ayez des yeux tout le tour de la tête
Avec votre monture, vous avancez plus rapidement qu’un piéton, mais vous êtes vulnérable face aux automobiles. En plus d’évoluer au milieu des voitures en mouvement, vous devez avoir une vigilance à toute épreuve: les trous, les enfants qui courent, les portières d’automobiles qui s’ouvrent, les piétons qui traversent sur les feux rouges… Soyez prévenant(e) et évitez les gestes non calculés.

Cherchez le/la conducteur/trice des yeux
Vous a-t-il/elle vu(e)? Dans le doute, restez sur-place et attendez un signe de sa part.

Respectez la signalisation
C’est votre assurance de ne jamais être trouvé(e) en défaut, en plus d’être (presque) sûr(e) de rentrer chez vous en une seule pièce!… Cela implique, bien entendu, de suivre vous aussi le code de la route, en « attendant que la voie soit libre sur la piste cyclable avant d’y entrer »², en effectuant des dépassements sécuritaires, en respectant les arrêts et les feux de signalisation, etc.

Modérez votre vitesse
Vous n’êtes pas sur une piste de course. Si vous voulez vous entraîner spécifiquement pour la vitesse, sortez en périphérie de la ville. Dépasser un cycliste plus lent peut certes vous donner l’impression d’aller plus vite, mais si c’est pour que celui-ci vous rejoigne au feu rouge suivant, considérez cette tentative comme une perte d’énergie pure et simple (et un beau « fail » du point de vue de l’amour-propre)!

Prenez garde aux portières des véhicules stationnés
Quitte à prendre plus de place sur l’accotement de la route. On ne pourra jamais vous reprocher d’avoir agi en prévention! Gardez un œil sur les rétroviseurs et les habitacles des voitures stationnées. Si vous voyez quelqu’un dedans, c’est danger!

Privilégiez les routes peu achalandées
Bien que la loi n’exclue pas les vélos sur les grandes artères automobiles, certaines sont plus dangereuses que d’autres. Ne « tentez pas le diable » et essayez les rues parallèles, plus calmes et chaleureuses. À la campagne ou en ville, certaines routes principales peuvent être dépourvues d’accotement. En pareille situation, restez le plus à droite possible de la chaussée.

Signalez vos intentions
C’est la loi qui le dit² et c’est tellement plus pratique pour tout le monde! Au mois de mai 2018, les règlements ont changé : prenez-en connaissance sur le site internet de la SAAQ.  Vous n’avez plus l’obligation de signaler votre intention de ralentir ou de vous immobiliser. En revanche, continuez de signaler votre intention d’effectuer un virage, excepté si la manœuvre met en péril votre sécurité.

 

Signalez vos intentions

 

 

En peloton

Hors des villes, sur les routes peu fréquentées par les voitures, les règles de la route ne changent pas, mais à celles-ci s’ajoutent un code de conduite bien connu des cyclistes… entre eux. Du civisme, du respect, de la bienveillance, tels sont les maîtres mots d’une randonnée de groupe réussie.

Roulez en file indienne
À moins d’être sur des routes dédiées ou réputées accueillantes pour les cyclistes, les groupes doivent rouler à la queue leu leu en tout temps.

Attention les freins!
Plus souvent lors des virages, mais aussi en ligne droite, lorsqu’une manoeuvre impromptue d’un cycliste se trouvant devant fasse dévier le groupe d’un côté ou de l’autre, il est d’usage de se laisser un peu déporter sur le côté plutôt que d’appuyer sur les freins. Dans le pire des cas, vous évitez un carambolage, ou que la personne de derrière ne freine à son tour, créant le phénomène de « l’élastique » qui brise le momentum et casse les pattes de tout le monde, surtout lors des sorties à grande vitesse…

Gardez votre ligne!
Pour les plus frénétiques d’entre nous… tentez de ménager vos ardeurs et vos égarements : concentrez-vous sur la route, maintenez votre ligne et pratiquez la « zénitude »! Un(e) cycliste qui se tortille, qui envoie son guidon de gauche à droite sans signaler ses changements de direction, qui lâche les mains du guidon et fait dévier son vélo amène un stress inutile à ceux et celles qui l’entourent. De grâce, à qui le chapeau fait, les autres cyclistes n’ont que faire de vos gesticulations ou de votre talent à rouler sans les mains. « Gardez votre ligne » (de préférence droite) et profitez de la route.

Bas les pattes!
Comportement observé plus souvent chez la gent masculine : voulant « prêter main forte » à une représentante de la gent féminine dans une montée ou pour augmenter sa vitesse, un monsieur vient apposer sa main galante au bas du dos de madame. Soucieux de bien faire (mais oui mais oui), celui-ci oublie cependant une règle élémentaire dans le monde civilisé du 21e siècle… À moins que celle-ci vous ait fait la demande expresse de bien vouloir apposer sur son arrière-train votre toucher salvateur, eh bien… respectez sa « bulle », parce que cette même personne pourrait bien vous mettre une « giclée » dans la prochaine côte!

Communiquez vos intentions
En peloton, pour assurer la sécurité de tous et pour éviter les accidents, ne lésinez pas sur la communication. Que ce soit à voix haute ou avec les signes de la main ou des bras, il existe autant de groupes cyclistes que de langages. Par exemple, il est d’usage de pointer au sol les trous, bosses ou crevasses à éviter, un geste effectué par le cycliste qui nous précède et que l’on n’hésite pas à répéter à l’attention des cyclistes qui nous suivent, pour que le peloton en entier se déporte et esquive l’obstacle avec harmonie et fluidité. Un même mouvement performé par tous les cyclistes d’un même groupe crée un effet et un message clair aux automobilistes, qui cèdent la route beaucoup plus docilement à un peloton bien organisé et soudé, plutôt qu’une seule main affichant son désir d’aller à droite.

Que vous soyez cycliste urbain, sur route ou en groupe, vous êtes soumis(es) au code de la route, sans oublier quelques règles non écrites que sous-tend la pratique du vélo. Plus mobile et réactif(ve) que la voiture, mais plus rapide qu’un piéton, vous avez un statut à part et souvent mal compris de tous. Pour cette raison, vous devez faire preuve de vigilance et vous montrer responsable. Ambassadeur(drice) du déplacement à deux roues, patience et résilience sont vos atouts pour que l’entente et la cohabitation entre tous deviennent la norme.

 


Sources :
(1) Marie-Josée Richard, « Quand ça ne tourne pas rond, derrière le guidon… », 11 février 2010, dans le blogue de mj. En ligne: https://mjrichard.wordpress.com/2010/02/11/quand-ca-ne-tourne-pas-rond-derriere-le-guidon…/ [consulté le 30-05-2018].
(2) SAAQ, « Moyens de déplacement – En vélo : ce que dit la loi ». En ligne: https://saaq.gouv.qc.ca/securite-routiere/moyens-deplacement/velo/ce-que-dit-la-loi/ [consulté le 30-05-2018].
Vélo Québec, « L’État du vélo au Québec en 2015 », 2015. Disponible en ligne: http://www.velo.qc.ca/files/file/expertise/VQA_EDV2015_fr_lr.pdf [consulté le 30-05-2018].
SAAQ, « Bilan Routier », 2017. Disponible en ligne: https://saaq.gouv.qc.ca/saaq/documentation/bilan-routier/ [consulté le 30-05-2018].