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Voir la vie en double

Une journée de compétition, plus que quelques mètres avant la ligne d’arrivée. Vous avez géré la course avec tact. La première est loin en avant, mais vous savez qu’un podium est accessible. Venant de derrière, des pas d’une autre concurrente se font de plus en plus audibles. La fatigue a raison de vous. Résignée, vous vous dites qu’une troisième place, ce sera toujours ça de gagné…

Mais soudain, stupéfaction! Ce n’est pas une, mais DEUX adversaires qui vous dépassent au gré des pas de cette course effrénée. C’est le train Puntous qui passe. À bout de souffle, vous apercevez vos rivales qui traversent la ligne d’arrivée, raflant avec elles les deux places de podium restantes…

 

Une scène pareille, combien de leurs compétitrices l’ont-elles vécue? Combien ont seulement tremblé à l’idée de cette adversaire dédoublée, ce char d’assaut aux couettes de feu qui réduirait par deux leurs espérances de victoire?

 

Une vie en double

Quand on voit les jumelles Puntous, on a beau tenter de se trouver des trucs pour distinguer Patricia de Sylviane, une variation de la hauteur des oreilles, une tache sur la peau, la couleur d’un bijou, rien n’y fait… On a toujours autant de mal à les différencier le lendemain [et on s’excuse d’avance les filles… Après plusieurs tentatives, on s’est mis d’accord pour dire que… ben, on n’y arrivera pas]…

Au-delà du fait d’être nées identiques, c’est qui en fait, les sœurs Puntous?

Les Puntous, c’est d’abord un phénomène du monde du sport, plus précisément du triathlon. En 1983 et 1984, elles remportent les Championnats du Monde de Triathlon à Kona, aux États-Unis, devenant les premières athlètes non-Américaines (tous genres confondus) à remporter les Mondiaux. Après s’être distinguées à l’international, elles reviennent au Québec, où elles contribuent à faire connaître le triathlon de manière significative.

Ceux et celles qui participent à quelques événements de course organisés les ont probablement déjà vues, avec leur tignasse rousse et leurs bonne humeur contagieuse. Par contre, quand le pistolet de départ sonne, c’est au-devant du peloton que vous les retrouverez… Ambassadrices Brooks et Boutique Courir, ces filles-là entendent bien enflammer le circuit québécois en 2017.

 

Maintenant que les présentations sont faites, on a voulu creuser un peu plus loin avec les sœurs Puntous. On a voulu savoir ce que c’était pour elles, d’être vues comme une sorte de « phénomène », un duo inséparable, un « wolf pack » composé de deux personnes qui évoluent dans la même direction, pour ainsi dire, depuis leur premier jour…

 

Bébé
Les jumelles Puntous, un regard déterminé qui les prédestine à leur vie d’athlètes…

 

Dans le sport, les sœurs Puntous forment une véritable équipe, une machine de guerre incroyablement bien rodée. « Partenaires d’entraînement, tant au niveau de la confiance [qu’elles ont l’une pour l’autre] qu’au niveau de la motivation », mais aussi « partenaires d’entreprise ». Très vite, elles réalisent que leur ressemblance joue en leur faveur et n’hésitent pas à s’en servir comme marque de commerce auprès des commanditaires potentiels.

Dans la vie, les deux femmes sont toujours ensemble. Toujours. Après leur carrière professionnelle en tant que triathloniennes, elles retournent sur les bancs d’école pour obtenir un diplôme en Infirmerie, métier qu’elles occupent jusqu’à janvier 2017 en salle d’opération, toujours dans la même équipe… A-t-on tenté de les séparer parfois? « Plusieurs fois! Mais on nous mettait toujours ensemble! C’est vrai qu’à deux, on travaille deux fois plus vite et deux fois mieux », concèdent-elles.

Complices dans le sport comme dans la vie, Patricia et Sylviane Puntous partagent tout, ou presque… Elles habitent ensemble, s’entraînent ensemble, gèrent une seule page Facebook, un seul numéro de téléphone, etc. Elles partagent même leur assiette en deux lorsqu’elles vont au restaurant! De quoi donner des envies de clonage à n’importe qui!

Et les mauvais côtés dans tout ça? Car il doit bien y avoir des inconvénients à être le double de quelqu’un d’autre? On ne vous le cache pas. Dans un tel contexte, difficile pour Sylviane et Patricia d’avoir des relations intimes : tôt ou tard, « les hommes devenaient jaloux »… Idem dans le sport : « on s’entraînait toujours avec les gars », explique Patricia, compliquant un peu les amitiés gars-filles. En compétition, si l’une d’entre elles est en difficulté, l’autre s’en trouve aussitôt perturbée. Ainsi donc, en cas de blessure, elles se mettent automatiquement à l’arrêt toutes les deux. « Ça mettait les entraîneurs en rogne, mais c’était notre décision! », soulignent-elles, conscientes qu’elles ne peuvent performer que lorsqu’elles sont en parfaite symbiose.

 

 

Face à ces obstacles, les sœurs Puntous ont fait le choix de rester unies. Et le résultat : une gaieté multipliée par deux, un modèle d’entraide et de bienveillance, pour elles-mêmes et ceux qui les entourent.

Quant à leurs différences, détrompez-vous. Elles ont chacune leur caractère bien à elles. Patricia, la volubile, est la consœur d’entraînement idéale : « toujours là pour pousser Sylviane et instaurer le rythme quand il faut ». Elle gère les papiers, l’administration et l’organisation de leurs voyages de courses. Sylviane, elle est « la plus hargneuse des deux, celle qui bluffe en compétition ». Elle s’occupe de la logistique, de la mécanique des vélos et du matériel.

Lorsqu’elles discutent, nul besoin de paroles. Leur gestuelle et les regards qu’elles s’échangent dévoilent un langage compris d’elles seules, caché, codé, intériorisé. Pour toute personne qui les observe de l’extérieur, il s’agit d’un spectacle tout simplement fascinant.

 

Et nous de terminer sur cette chanson de circonstances… Car si « elles s’ont », les soeurs Puntous, on les a nous aussi! Et sans elles, le triathlon ne serait peut-être pas ce qu’il est aujourd’hui dans la Belle Province…